La marque BAIC opère son grand retour en Tunisie sous l’impulsion de la société Transvet. Après une période de retrait contraint durant laquelle l’entreprise a maintenu sans relâche son activité après-vente et l’approvisionnement en pièces d’origine, l’enseigne amorce une nouvelle phase stratégique soutenue par l’arrivée d’un premier lot de véhicules en ce mois de septembre.

Ce comeback s’appuie sur le lancement simultané de trois nouveaux modèles thermiques et une vision commerciale résolument tournée vers le service et la valeur client.

Dans cet entretien, Marouene Dakhli, Directeur général de Transvet / BAIC Tunisie, lève le voile sur les coulisses de cette relance, la stratégie d’extension du réseau, la gestion des quotas d’importation ainsi que les orientations futures de la gamme.

Après une période de retrait, BAIC signe son retour sur le marché tunisien. Quelle est la vision stratégique sous-jacente à ce comeback et pourquoi avoir choisi ce timing pour lancer simultanément trois nouveaux modèles ?

Pour bien comprendre ce retour, il convient de retracer notre parcours. Nous avons obtenu l’agrément de concessionnaire en 2014 et débuté la commercialisation de la marque Kenbo fin 2016, principalement à travers deux SUV, les S2 et S3. Les volumes de vente ont rapidement évolué, avec 400 unités écoulées en 2017 et plus de 250 véhicules entre janvier et octobre 2018. L’activité commerciale a ensuite été suspendue en raison de l’arrêt des opérations du constructeur originel. Toutefois, en tant que concessionnaire, Transvet a fait le choix de maintenir sans interruption le service après-vente (SAV), en s’approvisionnant directement auprès des fournisseurs de pièces de rechange.

L’atelier de service après-vente Transvet, équipé pour assurer l’entretien et le suivi technique des modèles Kenbo ainsi que de la nouvelle gamme de véhicules BAIC en Tunisie.

Parallèlement, nous avons entrepris les démarches administratives auprès de l’Office du Commerce afin d’effectuer le basculement de la marque Kenbo vers BAIC, sachant que Kenbo était une filiale du groupe BAIC. Ce processus d’homologation administrative aura finalement nécessité près de quatre ans. Durant cette phase de transition, nous nous sommes consacrés exclusivement au SAV et à la fourniture de composants d’origine. La première étape de notre histoire avait été une réussite : à une époque où le marché ne comptait que quatre marques chinoises, l’engouement du public avait été porté par une grille tarifaire très compétitive, avec des modèles accessibles dès 36 500 DT. Le rapport prestation-prix était alors exceptionnel et générait des listes d’attente, à l’inverse de la conjoncture actuelle caractérisée par une concurrence accrue.

Cette capacité d’absorber plusieurs années sans vente de véhicules neufs constitue la preuve de la résilience et de la solidité de Transvet. Aujourd’hui, forts de cette expertise SAV renforcée, nous abordons ce nouveau chapitre avec des fondations solides pour répondre aux exigences de notre clientèle.

Quels moyens et quelle offre produits avez-vous déployés pour concrétiser cette relance ?

Notre offensive repose sur le lancement immédiat de trois modèles thermiques : la berline U5, ainsi que deux SUV, le X55 aux lignes sportives et le X7 axé sur le haut de gamme et le confort. Ces deux derniers véhicules s’insèrent sur le marché avec un positionnement prix étudié, dans un segment fortement concurrentiel situé généralement entre 90 000 DT et 120 000 DT, façonné par les récentes dispositions de la Loi de finances et l’émergence des motorisations électrifiées.

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Néanmoins, nous restons convaincus du potentiel préservé du moteur thermique. En dépit de l’orientation stratégique des pouvoirs publics en faveur des véhicules à nouvelles énergies (NEV), la technologie thermique répond encore aux besoins prioritaires d’une large frange d’automobilistes. La transition vers l’électrique pur se heurte aujourd’hui à des freins structurels majeurs, notamment le déficit d’infrastructures de recharge et la difficulté d’accès aux bornes pour les usagers résidant en copropriété ou en appartement. Sur le plan technologique, nous estimons que l’hybride non rechargeable représente le compromis idéal pour la période actuelle, évitant le surpoids des batteries rechargeables qui tend à majorer la consommation une fois la batterie épuisée. Quant à l’électrique 100 %, son usage pertinent semble pour l’instant se cantonner aux petites citadines dédiées à la mobilité urbaine secondaire.

Comment prévoyez-vous de positionner la gamme BAIC face à la concurrence ?

Notre berline U5 constitue notre principal fer de lance. Alors que l’offre globale du marché tend à se raréfier sur le segment des berlines traditionnelles, la demande reste particulièrement soutenue, notamment de la part des agences de location de voitures et des flottes professionnelles. L’U5 vient ainsi combler un besoin précis.


Concernant le segment des SUV, où les prestations de design et d’équipements sont désormais très proches d’un constructeur à l’autre, la véritable différenciation s’opérera sur la qualité du service après-vente. Pour accompagner le lancement de nos deux SUV, nous introduisons un engagement inédit en Tunisie : une offre d’entretien gratuit couvrant 3 ans ou 100 000 km pour les deux SUV et 3 ans ou 50.000 km pour la berline. Cette prestation englobe la totalité des opérations récurrentes, y compris le remplacement de l’huile de boîte automatique et le kit de distribution sur les modèles concernés. Notre objectif est de garantir au propriétaire un coût d’usage maîtrisé et d’établir une relation de confiance durable.

Cette démarche de fidélisation porte déjà ses fruits, comme en témoigne la signature de l’une de nos premières ventes auprès d’une fidèle cliente de l’époque Kenbo. Pour entretenir ce lien, nous organisons prochainement une journée d’essais dédiée à nos anciens clients. Nous assumons pleinement notre historique commercial, qui constitue le socle de notre expérience, d’autant que plusieurs membres de nos équipes techniques et commerciales sont restés avec nous depuis 2018.

Magasin de pièces de rechange des véhicules Kenbo (BAIC) au sein des installations du concessionnaire Transvet.

Face à un marché tunisien de plus en plus concurrentiel, quelle est votre stratégie pour garantir la réactivité de l’après-vente et la disponibilité des pièces de rechange ?

La disponibilité des composants d’origine est au cœur de notre dispositif. Une première commande importante de pièces détachées est en cours d’acheminement afin de couvrir l’ensemble des besoins d’entretien du premier lot de véhicules. Personnellement, je considère que l’immobilisation prolongée d’un véhicule constitue la principale préoccupation d’un usager. Notre stock sera réapprovisionné en continu tout au long de l’année.

Pour assurer un maillage national dès le début de l’année 2027, nous formalisons un partenariat stratégique avec Générale Assistance et son réseau agréé. Des points relais SAV et pièces de rechange seront établis dans les principales régions, à l’instar de Sfax, Gabès ou Djerba, afin d’épargner aux clients des régions intérieures du pays le déplacement vers la capitale pour l’entretien de leurs véhicules.

En parallèle, un accord spécifique sera également conclu avec la filiale GA Repair pour la prise en charge des travaux de carrosserie et de réparation lourde. Ce schéma permettra de préserver la garantie constructeur tout en assurant, selon les conditions contractuelles d’assurance du client, la mise à disposition d’un véhicule de remplacement. Les équipes de GA Repair suivent actuellement notre programme de formation aux standards techniques de BAIC afin de garantir une qualité d’intervention homogène sur l’ensemble du territoire.

Showroom de Baic situé à Ben Arous.

Quelle est votre feuille de route concernant le développement de votre réseau de distribution à l’échelle nationale ?

Concernant les représentations commerciales et les showrooms, nous prévoyons de nous appuyer sur des partenaires implantés dans les grandes agglomérations comme Sousse et Sfax. Dans l’immédiat, la réalité des quotas d’importation — restreints à 500 unités pour notre marque cette année — impose une montée en charge progressive afin d’assurer la rentabilité économique des agents agréés dans les régions.

Pour l’exercice en cours, l’activité s’appuiera sur des partenaires déjà actifs dans le secteur automobile, qui assureront dans un premier temps le relais SAV et l’exposition des véhicules. À partir de 2027, à mesure que nos volumes de vente et notre quota progresseront, ces structures évolueront vers des agences intégrées répondant aux standards internationaux de la marque BAIC. Nous allons, à priori, privilégier délibérément le partenariat avec des acteurs locaux chevronnés, maîtrisant parfaitement leur tissu économique régional.


Envisagez-vous l’introduction progressive de motorisations hybrides ou 100 % électriques à moyen terme ?

Absolument. Notre plan d’expansion produit prévoit l’introduction, dès 2027, d’un modèle hybride non rechargeable, suivi de l’arrivée de véhicules intégrant la technologie REHEV. Ce principe de prolongation d’autonomie s’appuie sur un bloc thermique opérant exclusivement comme générateur pour alimenter la batterie et le moteur électrique, tout en employant une batterie de capacité adaptée.

Par la suite, l’introduction de modèles dotés de la technologie REEV classique viendra enrichir notre offre. Concernant le 100 % électrique, BAIC développe actuellement un nouveau véhicule. Sous réserve de l’aboutissement des phases de production et d’homologation, son importation pourrait intervenir à la fin de l’année 2027. Enfin, l’année prochaine sera également marquée par le lancement de la gamme de franchisseurs 4×4 de la marque.


Quels sont vos objectifs quantitatifs à court-terme et vos ambitions de croissance sur le marché ?

Notre objectif immédiat pour l’exercice en cours est l’écoulement intégral de notre quota initial de 500 véhicules. Dès l’année prochaine, Transvet intégrera le Programme général d’importation (PGI), dont l’attribution des volumes s’effectue selon les performances commerciales réalisées par chaque concessionnaire.

À plus long-terme, nos ambitions d’expansion restent directement conditionnées par la régulation globale du secteur. Alors que les ventes globales de véhicules neufs ont franchi la barre des 90 000 unités en 2025 — incluant environ 30 000 véhicules issus du marché parallèle —, le quota officiel attribué aux concessionnaires agréés demeure plafonné entre 55 000 et 60 000 unités par an, à répartir désormais entre plus de 48 acteurs. Cette limitation du PGI restreint les capacités d’investissement globales de la profession.

De notre côté, nous disposons des produits et des leviers nécessaires pour développer nos volumes dès que les attributions le permettront, grâce à une gamme complète couvrant les berlines, les SUV, les 4×4 ainsi que les technologies hybrides, REEV et REHEV.