Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, celui du milieu des années 90, quand le ministère du Transport prit alors à bras le corps l’idée de lancer le permis à points en Tunisie.

Je vous parle d’un temps où les revendications sociales étaient très clairsemées, pour ne pas dire totalement inexistantes, et quand toute voix dissonante était immédiatement muselée.

Je vous parle d’un temps où les professionnels de la route, et en premier lieu desquels les taximen, s’étaient pourtant soulevés contre le projet au point de le faire annuler.

25 ans se sont écoulés et nul parmi les gouvernants n’a osé depuis rouvrir cette boîte de pandore.
Et voilà qu’en ce début d’année 2021, ce même ministère du Transport annonce le lancement d’un projet de décret pour la mise en place du permis à points en Tunisie et l’engagement d’une consultation nationale publique afin de recueillir les avis des conducteurs.

En amont, l’initiative est à saluer, car elle devrait –en théorie- remettre un peu d’ordre sur nos routes et surtout juguler un tant soi peu l’hécatombe humaine qui émaille notre quotidien.
Cependant, la manière avec laquelle le projet sera perçu ne fait aucun doute. Car ce qui a capoté il y a un quart de siècle ne pourra pas être imposé aujourd’hui dans le nouveau cycle contestataire du pays. Comment oser penser un seul instant que dans cette conjoncture socio-politique où le quotidien est fait de revendications et surtout de rébellion face au pouvoir central, un tel projet sera toléré et accepté sans remous ?

Plus de deux décennies plus tard, face à un Etat qui a grandement perdu en prestance et qui n’en impose quasiment plus, face aux vagues protestataires qui prévalent, le projet ressuscité, à n’en pas douter, fera long feu pour la simple et bonne raison que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Hédi HAMDI